« À tire-d’aile » (saison 2, n°1) – Le grand silence de l’été – ALFA 10/13 et LPO

Chaque mois, l’ALFA 10/13 propose un rendez-vous consacré à l’ornithologie : « À tire-d’aile ». Animée par Frédéric Malher, délégué scientifique de la LPO Île-de-France, cette rubrique met en lumière, pour la deuxième saison consécutive, la richesse du monde des oiseaux et les actions menées par l’association.

Ce mois-ci dans « À tire-d’aile », Frédéric Malher nous parle du grand silence de l’été. L’ornithologue met également un coup de projecteur sur la Cigogne blanche :

 

Où sont passés les oiseaux ? L’été est là et nos jardins semblent soudain beaucoup plus calmes. Pourtant, les oiseaux n’ont pas disparu : ils se font simplement plus discrets. Plusieurs phénomènes expliquent cette baisse d’activité apparente.

Après plusieurs mois consacrés au vol, à la recherche de nourriture et à la reproduction, les plumes s’usent naturellement. Elles sont alors progressivement remplacées : c’est la mue. Ce renouvellement, qui peut s’étaler sur plusieurs semaines, affecte temporairement les capacités de vol de certaines espèces. Plus vulnérables pendant cette période, les oiseaux adoptent un comportement plus discret et recherchent davantage les zones denses où ils peuvent se mettre à couvert.

La reproduction peut également expliquer cette discrétion. Certains adultes continuent en effet à nourrir et protéger leurs jeunes, notamment lorsqu’ils entreprennent une deuxième, voire une troisième nichée. Limiter les chants et les déplacements visibles peut alors contribuer à réduire les risques d’attirer l’attention des prédateurs.

Autre explication : les oiseaux peuvent modifier temporairement leur territoire de recherche alimentaire. En été, la disponibilité des ressources évolue. Des espèces comme le Moineau domestique, le Chardonneret élégant ou l’Étourneau sansonnet peuvent ainsi fréquenter moins assidûment les jardins et se déplacer vers les campagnes, les vergers ou les zones boisées, à la recherche de graines, de céréales ou de baies.

Les fortes chaleurs jouent également un rôle. Pour le Merle noir et d’autres espèces insectivores, l’assèchement et le durcissement des sols peuvent rendre les proies plus difficiles à atteindre. Certains oiseaux sont alors amenés à prospecter d’autres secteurs pour trouver suffisamment de nourriture.

Enfin, l’été constitue une période particulièrement active pour la constitution des réserves. Le Geai des chênes ou le Pic épeiche, par exemple, consacrent une partie de leur temps à stocker de la nourriture. Pour les espèces migratrices, cette période est également déterminante : elles doivent accumuler suffisamment de réserves énergétiques avant leur départ et préparer leur organisme à un déplacement qui peut s’étendre sur plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres.

Ainsi, derrière le grand silence de l’été se déroule une période particulièrement intense dans la vie des oiseaux : mue, fin de la reproduction, recherche de nourriture, constitution des réserves et, pour certaines espèces, préparation de la prochaine migration.

Avec « À tire-d’aile », l’ALFA 10/13 donne la parole à la LPO, l’un des acteurs majeurs de la protection de la nature en France.

Didier Caramalho

« Compère le Renard se mit un jour en frais,
Et retint à dîner commère la Cigogne.
Le régal fut petit et sans beaucoup d’apprêts :
Le galant pour toute besogne,
Avait un brouet clair ; il vivait chichement.
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
La Cigogne au long bec n’en put attraper miette ;
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de là la Cigogne le prie.
« Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie. »
A l’heure dite, il courut au logis
De la Cigogne son hôtesse ;
Loua très fort la politesse ;
Trouva le dîner cuit à point :
Bon appétit surtout ; renards n’en manquent point.
Il se réjouissait à l’odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu’il croyait friande.
On servit, pour l’embarrasser,
En un vase à long col et d’étroite embouchure.
Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ;
Mais le museau du sire était d’autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l’oreille.
Trompeurs, c’est pour vous que j’écris :
Attendez-vous à la pareille. »
« Le renard et la cigogne », Fables (1668), Jean de la Fontaine

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